Regards croisés témoignage: : François-Xavier

François Xavier, de religion catholique.

« Je suis religieux, jésuite, c’est à dire que j’ai choisi, comme vie publique et privée de faire partie d’un groupe d’hommes qui est engagé au nom de sa foi, au service de l’Eglise et des hommes.

Il y a toujours quelque chose de sociologique ou d’historique, dans une histoire, je suis né dans une nation qui était chrétienne, donc je suis né chrétien d’une famille chrétienne, donc il est sûr que ça oriente.

Je connais un peu les autres religions, je ne peux pas dire que j’ai vraiment travaillé les autres religions, mais il est évident que même dans la formation que je pouvais avoir à Lyon avec les lycéens, nous sommes allés dans le temple bouddhiste, à la rencontre du bouddhisme, pour savoir ce qui se vivait par les hommes et les femmes qui sont croyants de cette religion-là, que nous sommes allés à la mosquée, là aussi pour entendre des croyants musulmans pour entendre leur foi et la construction de leur lieu de culte comme pour le bouddhisme, bon les protestants je les connaît un peu plus , c’est le même attachement à la personne de Jésus Christ, mais sous des formes différentes, je suis allé en Inde, donc j’ai aussi pu découvrir ou percevoir quelque chose de l’hindouisme, du shintoïsme, en tout cas de toutes les religions qui sont en Inde.

Toutes ces religions sont différentes, la philosophie est une pensée,  chaque religion est une organisation, une structure, qui relie, religion, relier, c’est mettre du lien, et alors chaque religion nous positionne à la fois face à un divin, parfois c’est sous le mode de la crainte, de la soumission, parfois, c’est sous le mode d’une proximité, et puis nous situe aussi dans une société, donc il y a certaines religions que je vais dire théocratiques, quelque part conçoivent que le système politique soit un verrou social, soit religieux, l’islam, le judaïsme sont plutôt de ce côté-là, c’est à dire c’est la société qui est croyante, alors que dans le christianisme, le chrétien peut habiter n’importe où dans le monde, j’ai envie de dire dans n’importe quel système politique, il ne demande qu’une chose, c’est la possibilité de vivre sa foi.

La religion et la laïcité sont deux choses complètement différentes, la laïcité, c’est de dire qu’une société n’est pas orientée, n’est pas organisée à partir d’une croyance. Donc la laïcité n’est pas une foi c’est une organisation ou chacun, en tout cas la laïcité en France, où chacun est libre de penser librement, ce qu’il veut, aussi bien comme croyant que comme non croyant, mais ça veut dire que chacun doit être libre de pouvoir vivre sa foi; la laïcité pourrait devenir un système organisé, et qui se sacraliserait, donc à la limite, il deviendrait un système religieux, ou un système sacré, voilà, il pourrait, ce serait une dérive, en tout cas la laïcité pour moi est une belle chose, c’est que chacun peut être libre d’avoir une pensée qui lui est propre, et en même temps il accepte de vivre dans une société avec les mêmes règles de vie. Aucun groupe n’est censé imposer son mode de vie. Donc ça veut dire aussi que laïcité implique démocratie, sinon le système devient autoritaire, ou unique, ou unifié, ou fermé. Chaque pays à son histoire, l’Italie a la proximité d’avoir le Vatican, donc le centre de l’Église Catholique, donc c’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’interférences ou de liens ou de connexions entre la foi des italiens à l’époque ou 90% des italiens étaient catholiques, et le Vatican, aujourd’hui, je dirai que plus on avance, plus l’Italie est un État qui va poser des lois, non pas en fonction de l’Église Catholique mais en fonction des décisions de la société, indépendamment de l’Église Catholique. La religion, relier, une religion c’est des êtres humains, qui s’organisent entre eux, à cause de leur foi ou par leur foi, et qui vont mettre en place, comme dans toute association, comme dans tout groupe humain, vont mettre en place des règles de vie, des repères, une structure plus ou moins hiérarchique, de telle manière que ce lien qui est entre les personnes puisse durer. Quand on dit une religion, on parle d’un système dont on peut rendre compte intellectuellement, si je parle de la foi, je vais dire que la foi c’est ce qui va animer un groupe de religieux, un groupe, une religion.

Pour moi, la laïcité c’est que mon voisin a le droit de vivre différemment de moi, de penser différemment de moi, donc ça implique respect, respect réciproque, j’ai envie de dire curiosité réciproque, par ce que mon voisin a aussi une parcelle de la vérité, comme moi.

La religion m’a apporté beaucoup, le premier point c’est une liberté, méditer la bible, méditer l’évangile de Jésus Christ, pour moi, m’a ouvert comme à une sortie de moi, alors sortir de moi, ce n’est pas simplement une affaire de maîtrise intérieure, c’est peut-être de prendre le risque d’entendre une parole qui va m’ouvrir à d’autres sensibilités, je suis originaire d’un milieu social, d’une famille, d’une région du monde, d’une région de la France, je suis marqué par toute mon origine, par ce que mes parents ont éduqué en moi. Et ma foi chrétienne m’a permis d’aller au-delà de ce que je connais à travers l’éducation que j’ai eu. C’est cela que j’appelle une sortie de soi, de moi, donc une liberté. Le second point, c’est dans la foi chrétienne, et dans la foi chrétienne pour moi, c’est de penser que mon amour de Dieu, mon désir d’écouter Dieu, d’être à sa suite, dans la liberté, fait que je m’engage dans le monde, ce que je voudrais, même sans demander aux gens de penser comme moi, que notre monde soit plus vrai, plus juste, je ne peux pas me sauver tout seul. Le salut pour les chrétiens il est pour tout le monde, donc, c’est de travailler au salut, ou à ce que chacun puisse trouver le sens de sa vie.

J’aime dire que l’on n’a pas besoin de la foi, qu’on peut avoir une très belle humanité en se disant athée, en se disant sans Dieu, en se disant non croyant ou de n’importe quelle religion. Les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres, les chrétiens cherchent à vivre quelque chose qui est en cohérence avec leur foi, voilà je l’ai dit, justice, paix, amour du monde, respect de l’autre. Et même action de grâce ou remerciements à Dieu. Dans la langue française, « avoir besoin de », c’est j’ai faim, j’ai besoin de manger, ça va me nourrir, l’amour n’est pas un besoin, l’amour donne un sens, donc pour moi, la religion permet peut-être plus facilement de trouver un sens.

C’est pour cela que ce n’est pas individuel. Ce n’est pas un homme qui a une merveilleuse maîtrise de lui-même de sa respiration, de son esprit qui va être non-violent, non il doit rester un homme passionné qui agit dans le monde. Et avec les autres. Car pour la foi chrétienne, c’est avec les autres. Pour et avec. »

 Témoignage recueilli par Feng Shang à Reims.

 

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