Regards croisés témoignage: : Laurent

Laurent. Athée

 « Je m’appelle Laurent, j’ai 47 ans, je suis metteur en scène de théâtre.

Je suis athée, bien que j’ai été élevé dans la religion catholique, je suis un athée du catholicisme, je crois que c’est important quand on est athée, en tout cas quand on l’est devenu, pas quand on a été élevé comme athée mais qu’on l’est devenu de préciser de quelle religion on est athée. Moi je suis athée du catholicisme, donc forcément, j’ai une culture chrétienne et catholique en particulier qui fait partie de ma culture, j’en ai tout à fait conscience, mais je suis devenu profondément athée au fur et à mesure du temps, et je pense que c’est vraiment par une sorte de démarche scientifique, plus une espèce de réflexion générale sur l’état des connaissances et sur la vie qui m’a amené à ne plus prêter foi du tout à tout ce que pouvait être les textes sacrés, ce qui s’apparente beaucoup pour moi à des superstitions, d’une certaine manière.  Pendant très longtemps, j’ai eu un rapport assez rugueux avec la religion, j’étais très remonté contre toutes idées religieuses, encore une fois, ça s’apparentait plutôt à de la superstition, donc quelque part, il y avait une forme d’obscurantisme que je voyais dedans, et puis les choses ont un peu évoluées comme moi au moment où j’ai compris que le besoin de croire était une dimension humaine, après tout, ce n’est peut-être pas la plus intéressante, peut-être qu’on peut la considérer comme une faiblesse, mais c’est humain, et être humain, c’est accepter aussi ses faiblesses, et du coup, j’ai trouvé une autre position par rapport aux religieux, et aux gens qui m’entouraient qui pouvaient être religieux, ou croyants, et ce qui m’a aidé, c’est d’essayer de comprendre que ma position radicale en tant qu’athée en tout cas, pouvait être considérée par les croyants comme radicale. Et que quelque part, accepter de comprendre que les gens qui sont croyants peuvent voir en toi, par ce que c’est leur mode de pensée, quelqu’un qui croit en la religion de la non religion, comme si être athée, c’était aussi une autre forme de religion, pour eux, ça permet de replacer les choses à un niveau où l’on peut discuter, donc du coup, j’ai pas mal changé mon point de vue par rapport à ces questions religieuses, je dirais, respectant beaucoup plus ceux qui croient, en tant que tels, et puis l’important maintenant, c’est d’élaborer les règles du vivre ensemble,  de ce qui permet de faire en sorte que ceux qui croient, quelque-soit leur religion et ceux qui ne croient pas, puissent ne pas être obsédés par cette question-là.

Ma définition de la laïcité, c’est la question qui suit, je suis assez attentif à ce qui a amené à la nécessité d’inventer la laïcité, et du coup, c’est la question de la tolérance, c’est à dire qu’au fond, il était important qu’une religion ne domine pas les autres, ne domine pas de toute façon les humains, c’est à dire qu’il fallait replacer les religions à leur place, c’est à dire trouver un espace où la religion ne soit pas une sorte d’endroit où chacun porte son drapeau, et la place publique devient un endroit où d’un seul coup, on est en compétition avec les religions, avec une forme de volonté de convaincre les autres en permanence, mais il fallait trouver un espace apaisé à cet endroit, la laïcité d’une certaine manière ce doit être cet endroit-là, c’est à dire un endroit apaisé où la question religieuse ne devient plus prépondérante, car encore une fois, la société et les questions qu’elles nous pose, sont loin d’être uniquement religieuses, il y a beaucoup d’autres problèmes à régler que la question des croyances, quand même, il me semble, et au quotidien aussi et dans la vie des gens aussi, alors les religions ont coutume de dire que tout peut être réglé par leur lecture du monde, mais à partir du moment où il y en a plusieurs, et elles sont tout de même conscientes qu’elles ne sont pas uniques les religions, elles sont plusieurs, et puis il y a ceux qui ne croient à aucunes de celles-là, il y a nécessité de trouver un espace qui se dégage de tous ces discours multiples, et la laïcité, c’est ça pour moi, mais c’est aussi dans la tolérance, l’idée que culturellement, une religion n’est pas une mise en péril, c’est à dire que l’on est très concrètement dans un espace où la chrétienté a modelé depuis des siècles les modes de pensée, le rapport au monde, le rapport à gérer aux espaces dans lesquels on est, tout cela est passé par l’esprit chrétien pendant très longtemps, il y a une autre tradition qui nous a déporté de cela, la tradition des lumières, qui existe en Europe depuis plus de 2 siècles, et cette chose là nous a fort heureusement à mon sens permis de penser autrement le monde, mais il y a d’autres religions qui se sont installées ici, depuis parfois très longtemps, et puis parfois plus récemment, et il y a une manière de réussir à vivre avec ces religions là aussi, dans cet espace de laïcité, et la laïcité peut être aussi un endroit.

C’est la version plus généreuse de la laïcité, de défense de la possibilité d’exister, aussi pour une religion, parfois, comme dit Voltaire, il sera peut-être nécessaire de prendre la défense de gens avec qui on n’est pas d’accord, comme par exemple des croyants, avec qui on ne serait pas d’accord, en tout cas c’est mon cas.

Je pourrais être peut-être un peu croyant, avoir une sorte de foi, c’est que je n’ai pas envie du tout envie de me laisser à une sorte de pessimisme, qui serait de dire, bon voilà l’espèce humaine n’a l’intelligence et la maturité pour se sortir de ce cercle vicieux, qu’est le capitalisme libéral, pour dire les choses, l’exploitation et l’extraction en permanence des richesses pour une utilisation à court terme, sans réflexion, qui à la fois aliène les hommes et les oblige à produire dans un rapport où leur travail est sans cesse le plus possible dévalorisé, puisque c’est pour le gain de certains et pas de tous que cette entreprise globale est faite, et puis d’autre part, appauvrit et salit la planète de manière radicale, ça tout le monde le sait, donc, voilà, faire ces constats là et puis du coup essayer d’imaginer à travers la sociologie, à travers la philosophie, comment on peut imaginer un monde potentiellement plus juste, plus égale.

La difficulté, c’est ce que disait Stephan Zweig qui était pris entre le communisme et le nazisme, et qui n’était intéressé ni par l’un, ni par l’autre, disait, c’est toujours ceux qui vont être entre qui vont avoir le plus de mal, la difficulté c’est d’être entre et de continuer à essayer le dialogue, avec ceux qui se sentent à la fois musulmans et français, et qui ont envie de parler avec ceux qui se sentent français en n’étant pas ni chrétiens, ni autres, ou juifs, on a ces extrêmes de chaque côté qui essaient de tirer le plus de gens vers eux, en nous séparant, et c’est là où il faut que l’on résistent en étant au centre d’un endroit de discussion, et pour boucler la boucle, c’est pour ça que la laïcité est très importante par ce que c’est un endroit où l’on peut laisser tomber ses insignes, on peut poser ses insignes religieux j’entends, ses signes, donc il y a du boulot. »

Témoignage recueilli par Feng Shang à Reims.

 

 

 

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